Jeudi 17 novembre 2011
Bicentenaire de la naissance de Liszt
Pierre-Laurent Boucharlat
Liszt
La vallée d’Obermann
Ballade n°2
Sonnet 104 de Pétrarque
Après une lecture de Dante
À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Franz Liszt, le pianiste Pierre-Laurent Boucharlat brosse un portrait du compositeur hongrois, tout en élégie et énergie.
Pour rendre hommage à Liszt, Pierre-Laurent Boucharlat a choisi d’interpréter quatre des œuvres les plus romantiques du compositeur. Il l’esquisse d’abord avec la Vallée d’Obermann, un exemple de la transfiguration des thèmes et de la richesse des différents timbres du piano. Puis, il fixe Liszt sur sa toile avec la deuxième Ballade, d’une composition contrastée fortement influencée par Chopin. Le pianiste donne définitivement le ton avec le Sonnet 104 (en mi majeur) de Pétrarque, dont les accords essoufflés et l’adagio languissant luisent d’une harmonieuse instabilité. Vient alors la touche finale, l’épopée fulgurante d’Après une lecture de Dante, où Pierre-Laurent Boucharlat mélange parfaitement le gémissement du premier thème et la plénitude du second dans un ultime éclat furieux aux prolongements étranges.
« Un artiste complet dont le jeu remarquable atteste de qualités humaines rares (…) Pierre-Laurent Boucharlat est totalement habité de la musique qu’il offre (…) On sent une phénoménale concentration et surtout le souci d’être le fidèle intermédiaire entre l’auteur et le public. Ceux qui l’ont vu et entendu (…) ne sont pas prêts de l’oublier. » Piano le magazine
Le sonnet 104 de Pétarque
Pace non trovo, e non ho da far guerra,
E temo, e spero, ed ardo, e son un ghiaccio:
E volo sopra ‘l cielo, e giaccio in terra;
E nulla stringo, e tutto ‘l mondo abbraccio.
Tal m’ha in priggion, che non m’apre, né serra,
Né per suo mi ritien, né scioglie il laccio,
E non m’uccide Amor, e non mi sferra;
Né mi vuol vivo, né mi trahe d’impaccio.
Veggio senz’occhi; e non ho lingua e grido;
E bramo di perir, e cheggio aita;
Ed ho in odio me stesso, ed amo altrui:
Pascomi di dolor; piangendo rido;
Egualmente mi spiace morte e vita.
In questo stato son, Donna, per Voi.
Je ne trouve point de paix et je n’ai pas à faire de guerre ;
et je tremble et j’espère, et je brûle, et je suis comme une glace.
Je vole au-dessus des cieux et je rampe sur terre ;
je n’étreins rien et j’embrasse le monde entier.
Celle qui me tient en prison, ne m’ouvre ni ne me ferme la porte ;
elle ne me retient point dans ses liens, ni ne m’en délivre ;
Amour lui-même ne veut ni me tuer, ni briser mes fers ;
ni m’avoir en vie, ni me tirer de peine.
Je vois sans yeux ; je n’ai pas de langue et je crie ;
je souhaite mourir et je réclame aide ;
et je me hais moi-même, et j’aime autrui.
Je me repais de douleur ; je ris en pleurant ;
la mort et la vie me déplaisent également.
Voilà, madame, en quel état je suis à cause de vous.
traduction de Francisque Reynard