Dimanche 1er avril 2012
Dans le cadre de l’exposition
« Die Brücke, 1905-1914. Aux origines de l’expressionnisme »
Ciné-concert : Le cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene (1920)
Jean-Philippe Isoletta, piano
Jean Serroy, présentation
Dans une fête foraine, vers 1830, le docteur Caligari exhibe Cesare, un somnambule. Celui-ci prédit à un étudiant, Alan, qu’il vivra jusqu’à l’aube. Il est en effet assassiné dans son lit… Précurseur du film d’horreur et du thriller psychologique, Le Cabinet du Docteur Caligari est le récit cauchemardesque de la divagation d’un fou. Dans une atmosphère ambiguë, à la fois onirique et inquiétante, le piano de Jean-Philippe Isoletta incarne des personnages complexes évoluant dans un décor théâtral entièrement façonné par l’esprit et la main de l’homme. Dans ce film expressionniste par excellence, tous les éléments concordent pour faire perdre pied au spectateur : de retournements de situation en rebondissements, les personnages ne sont jamais ce qu’ils paraissent être et la réalité devient un concept bien flou. Rapidement on ne sait plus qui est qui et qui fait quoi, mais on reste suspendu à cette œuvre moderne, surprenante et percutante qui nous ouvre les horizons vertigineux de la folie.
Présentation illustrée à deux voix de l’exposition
Cécile Brilloit, chargée d’expositions
Bernadette Lespinard, musicologue
En révolte contre la société bourgeoise allemande, les artistes du début du XXe siècle expriment avec force ce qu’ils ressentent comme un « malaise de la civilisation ».
L’outrance des couleurs, la violence des traits et des lignes brisées, trouvent leurs équivalents dans un vocabulaire musical renouvelé. Cette esthétique marquera aussi les débuts du cinéma fantastique.
Concert

Alban Berg Sonate pour piano opus 1
Alban Berg 4 pièces pour clarinette et piano opus 5
Arnold Schoenberg Pierrot Lunaire opus 21
Nadia Jauneau-Cury, soprano
Vincent Guillot, flûte traversière et piccolo
Pierre Dubier, clarinette et clarinette basse
Catherine Arnoux, violon
Anne-Geneviève Lemarchand, alto
Jean-Sébastien Barbey, violoncelle
Sandra Chamoux, piano
Avant Schoenberg, son disciple, Alban Berg. Si les 4 pièces constituent un jalon fondamental du répertoire du XXe siècle pour clarinette, la sonate pour piano est solidement ancrée dans la tradition la plus classique et dans un esprit encore éperdument romantique. L’œuvre comporte un seul mouvement et dure une dizaine de minutes : un concentré d’inspiration, d’une richesse musicale inouïe. Elle offre à l’auditeur la meilleure introduction à la musique de Berg en livrant, sans résistance, tous ses secrets.
Le Pierrot Lunaire de Schoenberg est souvent considéré comme son œuvre la plus emblématique, celle qui eut le plus de succès aussi bien au niveau du public que de ses confrères (Ravel, Stravinsky, Milhaud…). Sous le choc initial que procure l’audition du Pierrot Lunaire, il y a un fond de tradition caché. Schoenberg utilise des formes dites archaïques. L’impact émotionnel de cette œuvre demeure dans son mélange de théâtre et de sons inouïs, tant l’orchestration est géniale et le climat étrange et singulier. Très en avance sur son temps, préfiguration du Berlin à venir, le Pierrot Lunaire est déjà partie prenante des années sauvages de 1920 à 1930. Il mêle le spectacle, la musique nouvelle, la dérision, le tragique. Au cœur de révolutions picturales en marche (cubisme, expressionnisme…), cette partition est tout entière couleurs et émotions. Une musique qui aura changé beaucoup de choses…